L’audiogramme est le document central de votre parcours auditif. Comprendre ses courbes vous permet de poser les bonnes questions à votre audioprothésiste et de suivre l’évolution de votre audition dans le temps.
Si je devais résumer ce que les patients comprennent de travers sur l’audiogramme, ça tiendrait en une phrase : ils regardent la moyenne. “Ah, j’ai 35 dB de perte, c’est pas si grave.” Sauf que la moyenne ne dit presque rien. Un audiogramme plat à 35 dB et un audiogramme en pente raide de 10 à 65 dB donnent la même moyenne — mais le patient avec la pente ne comprend plus rien en réunion, tandis que l’autre entend “juste un peu moins fort”. C’est la forme de la courbe qui raconte votre histoire. Pas le chiffre.
En 28 ans de pratique, j’ai lu plus de 3 000 audiogrammes. Et à chaque consultation, je vois la même scène : le patient sort sa feuille de résultats, la regarde comme un document en langue étrangère, et me demande “alors, c’est grave ?”. Ce guide va vous apprendre à répondre vous-même à cette question — ou au moins à poser les bonnes questions à votre prochain rendez-vous.
Ce guide est informatif. Il ne remplace pas l’interprétation de votre audiogramme par un professionnel de santé qualifié.
Qu'est-ce qu'un audiogramme ?
Un audiogramme, c’est un graphique qui représente votre capacité auditive. Ni plus, ni moins. Il est réalisé lors d’un examen appelé audiométrie tonale liminaire — c’est le terme technique. En pratique, ça se passe dans une cabine insonorisée, chez un ORL ou un audioprothésiste. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), c’est l’examen de référence pour évaluer le seuil auditif d’un patient. L’examen dure 20 minutes environ. Indolore. Vous portez un casque, et vous levez la main (ou appuyez sur un bouton) chaque fois que vous percevez un son, même très faiblement. Le spécialiste teste différentes fréquences à différentes intensités, oreille par oreille. Le résultat est reporté sur le graphique.
Mes patients me demandent souvent : “C’est tout ?” Oui, c’est tout.
L’audiométrie se déroule en deux étapes :
- La conduction aérienne : le son passe par le casque, traverse le conduit auditif, le tympan, les osselets et arrive à l’oreille interne. C’est le chemin naturel du son.
- La conduction osseuse : un vibrateur placé derrière l’oreille envoie le son directement à l’oreille interne, sans passer par le conduit et le tympan.
L’écart entre ces deux mesures, c’est la clé. Il permet de distinguer une surdité de transmission d’une surdité de perception. Quand je lis un audiogramme, c’est la première chose que je regarde.
Audiogramme tonal et vocal : quelle différence ?
On parle d‘“audiogramme” comme s’il n’y en avait qu’un. En réalité, votre bilan auditif comprend deux examens distincts. Et les deux comptent.
| Audiogramme tonal | Audiogramme vocal | |
|---|---|---|
| Ce qu’il mesure | Seuil de perception des sons purs | Compréhension de la parole |
| Unité | Décibels (dB HL) | Pourcentage (%) |
| Stimuli | Sons purs (bips) | Listes de mots dissyllabiques |
| Résultat | Courbe fréquence par fréquence | Courbe d’intelligibilité |
| Utilité principale | Déterminer le degré de perte | Évaluer le handicap réel au quotidien |
L’audiogramme tonal mesure le seuil minimal auquel vous percevez un son pur — un “bip” — à chaque fréquence. On teste de 125 Hz (sons graves) à 8 000 Hz (sons aigus). Ça couvre tout le spectre de la parole humaine.
L’audiogramme vocal, lui, mesure votre compréhension réelle. Le spécialiste vous fait répéter des listes de mots à différentes intensités. Le résultat est en pourcentage : combien de mots avez-vous compris correctement ?
C’est souvent là que ça surprend. Deux personnes avec exactement le même audiogramme tonal peuvent avoir des scores vocaux très différents. L’une comprend 90 % des mots, l’autre seulement 60 %. C’est pour ça que je dis toujours à mes patients : le tonal dit ce que vous entendez, le vocal dit ce que vous comprenez. Les deux sont indispensables.
Comment lire un audiogramme ?
Pas de panique. La lecture d’un audiogramme se fait en cinq étapes :
- Repérer les axes. L’axe horizontal montre les fréquences en Hertz — graves à gauche, aigus à droite. L’axe vertical montre l’intensité en décibels (dB HL) — 0 en haut, 120 en bas. Attention : plus c’est bas, plus c’est grave.
- Identifier les oreilles. Rouge = oreille droite. Bleu = oreille gauche. Les symboles changent aussi : “O” pour la droite, “X” pour la gauche. Simple à retenir.
- Lire la conduction aérienne. Les points reliés par une ligne continue, c’est la conduction aérienne (le son passe par le casque). C’est la courbe principale.
- Lire la conduction osseuse. Les crochets ”<” (droite) et ”>” (gauche), c’est la conduction osseuse (le son passe par le vibrateur). Si ces points sont proches de la conduction aérienne, la perte est de perception. S’ils sont nettement meilleurs, il y a une composante de transmission.
- Évaluer le degré. Comparez la position des points avec les zones BIAP (voir section suivante). Plus c’est bas sur le graphique, plus la perte est importante.
Pensez à un clavier de piano : les graves sont à gauche, les aigus à droite. Sur l’audiogramme, le son “s” se situe autour de 4 000-6 000 Hz (aigu), tandis que le son “ou” est autour de 250-500 Hz (grave). C’est pourquoi une perte sur les aigus rend les conversations difficiles à suivre, même si vous “entendez” qu’on vous parle.
Audiogramme normal : quels résultats attendre ?
“Mon audiogramme est normal, donc je n’ai pas de problème.” Erreur classique. On considère qu’une audition est “normale” quand les seuils se situent entre 0 et 20 dB HL sur toutes les fréquences. Mais “normal” ne veut pas dire “comme à 20 ans”, et ça ne veut pas dire “aucune gêne possible”.
Ce que votre ORL ne vous dit pas, faute de temps : un audiogramme normal ne signifie pas que vous entendez bien. Ce n’est pas un reproche — une consultation ORL dure 15 minutes. Mais cette nuance change tout pour les patients qui se plaignent sans avoir de “résultats”, et qui repartent avec l’impression que c’est dans leur tête.
La norme ISO 7029 définit les seuils auditifs moyens en fonction de l’âge. Voici ce qu’on attend à 4 000 Hz, la fréquence la plus sensible au vieillissement :
| Âge | Seuil médian à 4 000 Hz (hommes) | Seuil médian à 4 000 Hz (femmes) |
|---|---|---|
| 30 ans | 5 dB | 3 dB |
| 50 ans | 15 dB | 10 dB |
| 60 ans | 25 dB | 15 dB |
| 70 ans | 35 dB | 25 dB |
Un point que je répète à chaque consultation : un audiogramme “dans les normes pour votre âge” ne veut pas dire zéro gêne. Si vous avez du mal à suivre les conversations au restaurant ou en famille, parlez-en. Même si votre audiogramme semble normal. La compréhension dans le bruit fait appel à des mécanismes bien plus complexes que le simple seuil tonal. Sauf exception : chez certains patients anxieux, la plainte de “ne plus rien comprendre” cache parfois une surcharge attentionnelle, pas une perte auditive — l’audiogramme vocal le confirme ou l’infirme.
Hugo, 64 ans, chauffeur routier à la retraite, m’a consulté avec un audiogramme tonal strictement dans les normes. Il avait refait le test deux fois chez deux ORL différents. Les deux lui avaient dit : “Vous entendez très bien pour votre âge.” Il continuait pourtant à demander à sa femme de répéter chaque phrase, à fuir les dîners de famille, à monter le volume de la télévision jusqu’à ce que ses petits-enfants se bouchent les oreilles. Son audiogramme vocal dans le bruit : 48 %. Moins d’un mot sur deux. Avec un accompagnement adapté — exercices de réhabilitation auditive et appareillage discret sur les aigus — il a récupéré 70 % de compréhension en bruit en six semaines. Deux résultats qui semblent contradictoires. L’audiogramme tonal était vrai. Mais incomplet.
J’ai une patiente de 66 ans dont l’audiogramme était presque parfait. Pourtant, elle ne comprenait plus rien en réunion avec ses collègues. Son audiogramme vocal a révélé un score de 65 % seulement dans le bruit. Sans cet examen complémentaire, on serait passé à côté.
Les degrés de perte auditive sur l'audiogramme
La classification BIAP (Bureau International d’AudioPhonologie) est la référence en France. On calcule la perte moyenne sur quatre fréquences : 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz. C’est ce chiffre qui détermine votre degré de perte.
| Degré | Perte moyenne | Impact au quotidien |
|---|---|---|
| Audition normale | 0-20 dB | Aucune gêne dans la vie courante |
| Perte légère | 21-40 dB | Difficulté à entendre les voix faibles ou lointaines |
| Perte moyenne | 41-70 dB | Difficulté à suivre une conversation sans appareil |
| Perte sévère | 71-90 dB | Seuls les sons forts sont perçus, appareillage indispensable |
| Perte profonde | 91-120 dB | Quasi-absence de perception, implant cochléaire possible |
Audiogramme et presbyacousie
La presbyacousie, c’est la cause numéro un de perte auditive après 50 ans. Je la vois tous les jours au cabinet. Sur l’audiogramme, on la reconnaît tout de suite : la courbe plonge sur les aigus. L’audition reste correcte sur les graves (250-500 Hz) et chute au-delà de 1 000 Hz. Souvent, on observe un creux marqué autour de 4 000 Hz. Exception notable : certaines presbyacousies débutent par une pente douce sur toutes les fréquences, sans creux à 4 000 Hz — un profil plat qui peut retarder le diagnostic de plusieurs années.
Et ça explique LA plainte que j’entends le plus : “J’entends, mais je ne comprends pas.” Les voyelles (sons graves) passent encore. Mais les consonnes — le “s”, le “f”, le “ch” — sont perdues. Résultat : les mots deviennent flous, surtout dans le bruit.
La phrase que je retiens après toutes ces années : entendre fort n’est pas entendre bien.
Erreur fréquente à ce stade : “Si j’entends les sons graves, ça veut dire que mon audition va.” Non. Les graves ne servent quasiment à rien pour la compréhension de la parole. C’est comme avoir une moitié de lunettes — vous voyez flou, même si une partie de la vision est intacte. Je recommande de ne pas se fier au sentiment subjectif d’audition préservée et de faire un audiogramme vocal en complément du tonal. C’est le vocal qui dit la vérité sur votre capacité à comprendre.
Audiogramme et surdité de transmission
Dans une surdité de transmission, l’oreille interne fonctionne bien. Le problème est en amont : le son ne lui arrive pas correctement. Les causes ? Bouchon de cérumen, otite séreuse, perforation du tympan, otospongiose.
Sur l’audiogramme, ça se voit clairement. La conduction osseuse est normale ou quasi-normale, mais la conduction aérienne est abaissée. On appelle ça l’écart aérien-osseux (ou “Rinne audiométrique”). Il dépasse souvent 15 dB. Ce conseil a son exception : chez certains patients, un nettoyage de cérumen réalisé avant le test réduit artificiellement cet écart — un bilan refait 48 heures après peut donner un résultat très différent.
Bonne nouvelle : beaucoup de surdités de transmission sont traitables. Médicalement ou chirurgicalement.
Ce que votre ORL n’a probablement pas le temps de vous dire : la surdité de transmission temporaire (otite, bouchon) peut masquer une surdité de perception sous-jacente. Une fois le problème traité, il faut refaire l’audiogramme pour voir ce qui reste. C’est un réflexe que j’applique systématiquement, mais qui n’est pas universel en pratique de ville.
Surdité mixte
La surdité mixte, c’est un peu des deux. Une composante de transmission et une composante de perception. Sur l’audiogramme, la conduction osseuse est abaissée (l’oreille interne est touchée) ET il y a un écart aérien-osseux en plus (l’oreille moyenne aussi).
On voit ça régulièrement chez les patients de 70-80 ans qui cumulent presbyacousie et problèmes d’oreille moyenne. C’est plus complexe à appareiller, mais tout à fait possible.
Audiogramme de l'enfant : particularités
Chez l’enfant, impossible de faire une audiométrie classique à tous les âges. Les techniques s’adaptent :
- Nouveau-né : otoémissions acoustiques (OEA) et potentiels évoqués auditifs (PEA). Le dépistage néonatal est obligatoire en France depuis 2012.
- 6 mois à 2 ans : audiométrie comportementale — on observe si le bébé tourne la tête vers le son.
- 2 à 4 ans : audiométrie par le jeu. L’enfant empile un cube à chaque son entendu, par exemple.
- À partir de 4-5 ans : audiométrie tonale classique, comme chez l’adulte.
Si votre pédiatre suspecte un trouble auditif, n’attendez pas. Plus le diagnostic arrive tôt, meilleures sont les chances pour le développement du langage. C’est un domaine où chaque mois compte.
Combien coûte un audiogramme ?
On me pose la question chaque semaine. Voici la réponse claire :
- Chez l’audioprothésiste : le bilan auditif de dépistage est gratuit et sans engagement. Il comprend une audiométrie tonale et un entretien sur vos besoins. Pas besoin d’ordonnance.
- Chez l’ORL : la consultation coûte entre 30 et 55 euros selon le secteur. Elle est remboursée par l’Assurance maladie sur prescription de votre médecin traitant. L’ORL fait un examen plus complet : audiométrie tonale, vocale et examen clinique.
Rien à préparer. Évitez juste de vous exposer à des bruits forts dans les 24 heures avant l’examen — pas de concert la veille.
Peut-on faire un audiogramme en ligne ?
De nombreux sites et applications proposent des “tests auditifs en ligne”. Je vais être direct : je les déconseille comme outil de diagnostic. Si ça vous donne l’impulsion de consulter, tant mieux. Mais les résultats ne valent rien en termes médicaux. Voici pourquoi :
- Pas de cabine insonorisée : le bruit de votre salon fausse les résultats. Un frigo qui tourne, une fenêtre ouverte — et vos seuils dans les graves sont faux de 15 dB.
- Pas de conduction osseuse : impossible de distinguer surdité de transmission et de perception. C’est comme faire un test de vue sans vérifier la rétine.
- Calibration approximative : le volume de votre casque n’est pas calibré médicalement. Deux casques différents donnent deux résultats différents.
- Pas de diagnostic : un chiffre sans contexte ne veut rien dire. J’ai vu des patients arriver paniqués par un test en ligne qui surestimait leur perte de 20 dB. Et d’autres, rassurés à tort par un test qui sous-estimait une perte réelle.
Le bilan chez l’audioprothésiste est gratuit. Vingt minutes. Ça ne remplacera jamais un test en ligne — c’est l’inverse.
L’outil ci-dessous vous permet d’explorer visuellement les différents degrés de perte sur un audiogramme. C’est un outil éducatif, pas un test.
Simulateur d'audiogramme bilateral
Cliquez sur chaque grille ou glissez les points pour dessiner l'audiogramme de chaque oreille.
16 dB — Audition normale
19 dB — Audition normale
Audition normale
Perte legere
Perte moyenne
Perte severe
Perte profonde
Cet outil est a visee educative uniquement. Il ne constitue pas un examen medical et ne remplace en aucun cas un audiogramme professionnel realise en cabine insonorisee. Consultez un audioprothesiste ou un ORL pour un bilan auditif complet.
Quand consulter après un audiogramme ?
Certains résultats justifient une action rapide. Voici les trois situations à connaître :
- Perte supérieure à 25 dB sur les fréquences conversationnelles (500 à 4 000 Hz) : un bilan ORL et un essai d’appareils auditifs sont recommandés. Exception : si cette perte est récente et associée à un rhume ou une allergie, une réévaluation 3 semaines plus tard peut suffire avant tout bilan complémentaire.
- Asymétrie supérieure à 15 dB entre les deux oreilles : il faut consulter un ORL pour écarter une cause rétrocochléaire (tumeur du nerf auditif, entre autres).
- Surdité brusque : perte soudaine sur une oreille. C’est une urgence médicale. ORL dans les 48 heures, pas plus.
N’attendez pas que l’audiogramme vous “autorise” à vous plaindre. Si votre courbe est dans les normes mais que vous ratez une conversation sur deux au dîner de famille, le problème est réel. Le document ne remplace pas votre vécu.
Ce que je dis à chaque patient : n’attendez pas que la gêne devienne un handicap. Le cerveau s’adapte d’autant mieux que la privation auditive a été courte. J’ai vu des patients attendre 5 ans, 8 ans, parfois 12 ans. À 2 ans de délai, l’adaptation aux appareils prend 2 à 3 semaines. À 10 ans, on parle de 3 à 6 mois, avec des résultats parfois partiels. Le cerveau a “oublié” certains sons — et il ne les réapprend pas tous.
Un dernier point que l’industrie auditive préfère ne pas trop souligner : certains patients appareillés trop tôt — avec une perte légère stable — développent une dépendance à l’appareil sans gain fonctionnel réel. Je ne dis pas qu’il ne faut pas appareiller. Je dis que la décision doit reposer sur la gêne vécue autant que sur les décibels. C’est une position qui n’est pas toujours partagée dans les réseaux commerciaux, où l’indicateur de succès reste le taux de vente.
Une limite que je dois mentionner : l’audiogramme ne dit pas tout. Il mesure des seuils en cabine silencieuse. Votre vie ne se passe pas en cabine silencieuse. Deux patients avec exactement le même audiogramme peuvent avoir une gêne très différente au quotidien, selon leur environnement, leur activité sociale, leur fatigue auditive. C’est pour ça que le bilan ne se limite jamais à l’audiogramme : l’échange avec le patient est tout aussi important que les courbes.
Si votre audiogramme semble normal mais que vous peinez à comprendre, vous êtes dans le cas que je vois le plus souvent. Ce n’est pas une anomalie rare. C’est la règle, pas l’exception — et ça se traite.
Une perte auditive soudaine sur une oreille, avec ou sans acouphènes, nécessite une consultation ORL dans les 48 heures. Un traitement par corticoïdes administré rapidement améliore significativement le pronostic de récupération (HAS).