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Guide indépendant rédigé par un audioprothésiste diplômé d'État — sources médicales vérifiées
APPAREILS AUDITIFS

Appareillage auditif réussi : les marqueurs objectifs

9 septembre 2026 16 min de lecture Mis à jour le 9 septembre 2026
FO
Franck-Olivier
Audioprothésiste DE, 28 ans d'expérience
EXPERT

Information santé : Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation avec un professionnel de santé.

Appareillage auditif réussi : les marqueurs objectifs

Vous portez des appareils auditifs et vous vous demandez si le résultat est à la hauteur. La question a des réponses chiffrées : votre audition appareillée se mesure, et une partie de ces mesures a pu être consignée dans votre dossier. Voici lesquelles regarder, et ce que chacune prouve ou ne prouve pas.

Ce qui prouve que votre appareillage marche

Trois mesures disent quelque chose de votre résultat, parce qu’elles portent sur vous et non sur votre matériel. Les deux premières n’ont d’intérêt que faites deux fois, sans vos appareils puis avec. Si vous êtes appareillé depuis quelques semaines, une partie de ce que vous vivez tient encore à l’adaptation.

Ce que vous comprenez dans le silence, avec et sans vos appareils

Ce que la mesure établit. L’audiométrie vocale dans le silence consiste à répéter des mots présentés à un niveau de voix donné, dans une pièce calme, sans vos appareils puis avec eux. L’écart entre les deux scores porte un nom dans le métier, le gain vocal : c’est la part de compréhension que vos appareils vous rendent en face à face.

Ce qu’elle n’établit pas. Aucun texte français en vigueur n’écrit que cette mesure doive être faite sans appareils puis avec, au même niveau de voix. Aucun ne fixe le matériel vocal, le niveau en décibels, ni un score minimal : il n’existe pas de note de passage, et personne ne peut vous dire qu’à tel pourcentage votre appareillage est réussi. Un écart de quelques points entre deux séances n’est pas non plus une évolution de votre audition : c’est aussi la marge normale de la mesure.

Une baisse nette, en revanche, installée en quelques jours ou qui ne touche qu’une seule oreille, ne se règle pas en séance de réglage. Dites-le à votre audioprothésiste sans attendre le prochain rendez-vous. Il travaille en lien direct avec les médecins ORL et sait faire passer un patient en urgence : c’est souvent le chemin le plus court, plus court que d’attendre une consultation prise de votre côté.

Comment la lire. Demandez à quel niveau de voix elle a été faite, et si une seconde mesure à voix plus faible aurait un intérêt chez vous : c’est à voix moyenne et à voix faible que se jouent les conversations ordinaires d’une journée. Vous recevrez un couple de scores, par exemple un pourcentage de mots répétés sans vos appareils et un autre avec, à un même niveau de voix. Ces deux chiffres n’ont de sens que comparés l’un à l’autre, et à eux-mêmes d’une séance à l’autre : aucun d’eux n’est une note de passage. Regardez donc l’écart entre le sans et le avec, chez vous, d’une année sur l’autre.

Ce que vous comprenez dans le bruit, avec et sans vos appareils

Ce que la mesure établit. Même principe, avec un bruit de fond ajouté pendant qu’on vous parle : c’est le gain vocal dans le bruit, la mesure la plus proche du restaurant et du repas de famille. La Société Française d’Audiologie et la Société Française d’ORL écrivent, dans leurs recommandations d’octobre 2020 et à date de publication, que chez une personne appareillée elle sert à évaluer le bénéfice des appareils et à en corriger les réglages.

Ce qu’elle n’établit pas. Au moment du contrôle d’efficacité, la nomenclature écrit « éventuellement en présence de bruits perturbants ». Ce mot compte : à cette étape, la mesure dans le bruit n’est pas due. Aucun texte ne dit quel test employer, ni à partir de quelle valeur un résultat serait bon ou mauvais chez une personne appareillée. La nomenclature se lit d’ailleurs dans les deux sens : expressément facultative au contrôle qui suit la délivrance, l’audiométrie en présence de bruit est ensuite citée sans ce mot parmi les éléments décrits pour les séances des 3e, 6e et 12e mois et pour le suivi annuel. Décrire le contenu possible d’une séance ne crée pas pour autant un examen dû à chaque rendez-vous. S’agissant de cet examen, ce que le texte impose, c’est que ces séances vous soient proposées ; ce qui s’y fait se décide sur place, avec votre audioprothésiste, selon ce que vous lui rapportez.

Comment la lire. Ce qui vaut, c’est la comparaison à conditions identiques : même matériel vocal, même bruit, même niveau, même ordre d’une fois sur l’autre. Les mêmes recommandations signalent d’ailleurs, au titre de l’avis d’expert, que cet ordre peut peser sur le résultat.

Vos seuils d’inconfort : mesurés dans votre oreille, ou calculés ?

Ce que la mesure établit. Votre seuil d’inconfort est le niveau à partir duquel un son cesse d’être supportable pour vous. Sa recherche est nommée dans le texte, au titre de l’audiométrie supraliminaire du bilan réalisé avant l’appareillage. Ce qu’elle donne, c’est votre tolérance à l’amplification. C’est ici que se noue le lien avec les deux mesures précédentes. Plus votre seuil est haut, plus l’espace est large entre ce que vous percevez tout juste et ce qui devient gênant. Moins l’appareil a besoin de comprimer les sons, et plus le signal qui vous parvient reste net : c’est ce qui me fait dire, en cabine, que ce marqueur commande les deux autres. Cette chaîne est un raisonnement de praticien, pas un mécanisme chiffré par la littérature ouverte.

Ce qu’elle n’établit pas. Aucun texte français n’oblige votre audioprothésiste à mesurer ces seuils plutôt qu’à laisser le logiciel les calculer à partir de votre audiogramme. Aucune étude retenue ici n’établit non plus que le fait de les mesurer améliore la satisfaction ou le résultat final : l’état des preuves est modeste, et il vaut mieux le dire. Un seuil d’inconfort reste par ailleurs une réponse subjective, c’est vous qui dites quand c’est trop. Mesure utile, donc, mais pas verdict sur la qualité d’un réglage.

Comment la lire. Posez la question telle quelle : mes seuils d’inconfort ont-ils été mesurés, ou calculés ? S’ils ont été calculés, la valeur qui plafonne vos appareils vient d’une moyenne statistique et non de votre oreille, comme le rappelle Stéphane Garnier, membre du Collège National d’Audioprothèse, dans Les Cahiers de l’Audition en 2025 (volume 38, numéro 1). Les deux façons de faire se pratiquent couramment, aucun texte n’impose la première et aucune étude retenue ne montre qu’elle donne un meilleur résultat : la réponse ne vous dit pas si votre appareillage a été bien conduit, elle vous dit d’où vient un chiffre. Et retenez ce point du même auteur : votre silence ne renseigne personne. Un réglage s’affine avec ce que vous signalez, pas avec ce que vous encaissez sans le dire.

Une précaution. Si vous avez des acouphènes, dites-le avant qu’on vous la fasse. La recherche du seuil d’inconfort peut réveiller un acouphène, et c’est justement chez vous qu’elle sert le plus. Les deux sont vrais, votre audioprothésiste doit le savoir avant de commencer.

La première moitié de cette phrase n’est pas une impression. Dans l’argumentaire scientifique de sa recommandation sur les acouphènes invalidants de l’adulte, validé par son Collège le 18 juin 2026, la Haute Autorité de santé rapporte, au fil de sa revue de la littérature, que les recherches de seuils de confort et d’inconfort « peuvent aggraver les acouphènes d’une personne et augmenter sa gêne » et « peuvent toutefois être utiles pour l’ajustement des aides auditives ». Les deux moitiés figurent dans la même phrase, à la même page.

Sa recommandation proprement dite est plus étroite, et il faut la connaître : ces tests « ne sont recommandés que dans certains cas spécifiques car ils sont à risque d’amplification de la gêne du patient, et par un praticien expérimenté », avec un grade C, c’est-à-dire un faible niveau de preuve. Dire à votre audioprothésiste que vous avez des acouphènes, c’est exactement ce qui lui permet de décider si votre cas en fait partie.

Quant à la mention du praticien expérimenté, elle ne désigne pas une compétence rare. La recherche des seuils d’inconfort figure noir sur blanc dans le bilan que la nomenclature confie à l’audioprothésiste, au même titre que l’audiométrie tonale et l’audiométrie vocale : c’est son métier, pas une spécialité. Y lire une mise en cause de celui qui vous reçoit serait un contresens. La seconde moitié de la phrase, celle qui dit que c’est chez vous que la mesure rend le plus, est une position de praticien, et elle est assumée comme telle.

Si les sons ordinaires vous sont pénibles au quotidien, et pas seulement pendant la mesure, voyez notre guide sur l’hyperacousie.

Ce qui se vérifie derrière, et qui n’est pas une preuve de résultat

Les vérifications qui suivent ne mesurent pas votre résultat : elles vérifient que vos appareils délivrent ce que le logiciel du fabricant prétend leur faire délivrer. Ce sont des moyens de construire un réglage, et la réglementation laisse le choix entre plusieurs d’entre eux. Les connaître sert à comprendre comment votre réglage a été bâti, jamais à noter celui qui l’a bâti.

La mesure in situ, comparée à une cible

Ce que la mesure établit. Une fine sonde glissée dans votre conduit enregistre le niveau sonore délivré près de votre tympan. Cette courbe est comparée à une cible calculée à partir de votre audiogramme. Elle établit donc l’écart entre ce que le logiciel annonce et ce qui arrive vraiment dans votre oreille. Une revue systématique publiée en 2021 dans Trends in Hearing a comparé ce réglage vérifié au réglage proposé par défaut : le bénéfice est réel et modéré, et les auteurs écrivent ignorer s’il est cliniquement important. À date de publication.

Ce qu’elle n’établit pas. Elle n’établit pas qu’un appareillage réglé sans elle soit un appareillage manqué. La réglementation laisse le choix, noir sur blanc : le préréglage se fait « sur une chaîne de mesure ou à l’aide de mesures in vivo », et aux rendez-vous de suivi les courbes de réponse, le taux de compression et le niveau maximum de sortie se règlent « in vivo ou au coupleur ». Un audioprothésiste qui travaille au coupleur, sur un banc où l’appareil est testé sans vous, applique le texte : le code de la santé publique lui demande de détenir une chaîne de mesure électro-acoustique, pas une sonde. Aucun texte français ne nomme non plus la cible à viser.

Comment la lire. La bonne question n’est pas « l’avez-vous faite », c’est « comment avez-vous vérifié que mes appareils délivrent ce qui était prévu ».

Le niveau de sortie maximal de vos appareils

Ce que la mesure établit. Vos appareils ont un plafond. L’arrêté du 14 novembre 2018, applicable au 1er janvier 2019, prévoit que tout appareil pris en charge, classe I comme classe II, comporte un système de limitation du niveau de sortie maximum, réglable, avec un but écrit dans le texte : que ce niveau ne dépasse pas les limites de votre dynamique auditive résiduelle, l’espace utilisable entre vos seuils d’audition et vos seuils d’inconfort. Le même arrêté fait d’ailleurs figurer le maximum de sortie parmi les paramètres de préréglage.

Ce qu’il n’établit pas. Aucune source ouverte ne fixe de valeur chiffrée à ne pas dépasser, aucun texte français n’oblige à revérifier périodiquement que ce plafond est réglé sous votre seuil, et la règle selon laquelle le plafond ne dépasse jamais le seuil d’inconfort vient de standards professionnels nord-américains, pas du droit français. La conformité porte sur la présence et le caractère réglable du limiteur, jamais sur le résultat obtenu dans une oreille donnée.

Comment le lire. Ce marqueur sert à poser une question, pas à juger un réglage. Deux gênes peuvent y renvoyer : si les sons forts vous font sursauter, ou si vous montez le volume sans que rien ne devienne plus fort, ce sont deux raisons d’en parler. Demandez alors les deux repères ensemble, votre seuil d’inconfort et le plafond réglé : c’est leur écart qui compte.

Le couplage à votre oreille et l’effet d’occlusion

Ce que la vérification établit. Le couplage, c’est la façon dont l’appareil est relié à votre conduit : un dôme, un embout sur mesure, plus ou moins ouvert. Quand le conduit est fermé, votre voix résonne dans votre tête, comme si vous parliez dans un tonneau. Ce phénomène porte un nom, l’effet d’occlusion, et il se mesure avec une sonde placée au fond du conduit. Une vérification simple existe, décrite par deux praticiens dans la revue du Collège National d’Audioprothèse : appareil éteint, embout en place. Si la gêne persiste, elle oriente plutôt vers le couplage ; si elle disparaît, vers le réglage. C’est une façon de s’orienter avec votre audioprothésiste, pas un verdict.

Ce qu’elle n’établit pas. Aucun texte français en vigueur ne nomme, ne normalise ni ne réclame la mesure de l’effet d’occlusion. Un chiffre ne dit pas non plus ce que vous supportez : il quantifie une énergie accumulée dans le conduit, pas la gêne ressentie. Et aucune source ne dit quel couplage convient à une personne donnée, parce que c’est un compromis : ouvrir davantage le conduit atténue la voix creuse, mais se paie par une performance moindre de l’appareil.

Comment la lire. L’autophonie, c’est votre voix qui résonne dans votre tête. Le gain étymotique, c’est l’amplification naturelle qu’ajoutent votre pavillon et votre conduit, et qu’un couplage fermé escamote en partie. Si votre gêne principale est votre voix, dites autophonie ; si c’est le bruit et que votre couplage est très ouvert, dites-le aussi. La question reste la même : peut-on essayer un autre couplage et comparer. L’arbitrage est particulièrement net sur les modèles invisibles.

Ce qui existe dans la durée, sans vous être dû

Ce qui suit vit dans la durée, et sert à préparer un rendez-vous plutôt qu’à le subir. Aucun de ces marqueurs ne vous est dû en tant que tel, et chacune des sections ci-dessous le dit à son tour. Rappelons en revanche ce que prévoit le texte : pendant les douze premiers mois, des séances de contrôle doivent vous être proposées aux 3e, 6e et 12e mois ; au-delà, il écrit que la fréquence minimale recommandée du suivi est bi-annuelle, ce qui est une recommandation et non une obligation. Un jeu complet d’éléments doit par ailleurs être obtenu chaque année : réglages faits dans votre oreille ou au coupleur, courbes de réponse, taux de compression et niveau maximum de sortie.

Le questionnaire qui prépare votre rendez-vous de contrôle

Ce que le questionnaire établit. Recueillir ce qui a changé pour vous fait partie du travail de votre audioprothésiste, au même titre que les mesures. La plupart du temps, cela se passe pendant vos rendez-vous de contrôle, en reprenant avec vous les situations qui coincent encore et celles qui se sont arrangées ; parfois par un courrier électronique envoyé avant la séance, pour que vous arriviez avec vos réponses déjà en tête. C’est un outil de préparation, jamais un bulletin de notes. La réglementation prévoit de son côté une évaluation de l’évolution de votre perte auditive et de votre satisfaction au sixième mois. Parmi les questionnaires examinés ici, le COSI est celui dont une validation française pour mesurer le résultat d’un appareillage a été publiée, en ligne avant impression, en juin 2026 dans la revue de la Société française d’ORL (Tuset et coll., DOI 10.1016/j.anorl.2026.05.008) : vous y désignez cinq situations d’écoute parmi seize, et le progrès se mesure sur celles-là.

Ce qu’il n’établit pas. Aucun questionnaire ne vous est dû. Aucun score ne dit à partir de quand un appareillage est réussi. Le texte réglementaire ne désigne aucun outil et n’exige aucune validation ; celle du COSI, menée dans un seul centre et dont le fascicule imprimé n’est pas encore paru, ne fournit aucun seuil chiffré. Méfiez-vous aussi des outils cités hors de leur usage : le SSQ, dont la validation française date de 2015, porte sur la gêne auditive, sans comparaison avant et après appareillage ; la forme courte du HHIE, validée en français en 2022, se situe en amont de l’appareillage. À date de publication pour l’une comme pour l’autre.

Comment le lire. Ne cherchez pas un formulaire dans votre courrier : cette évaluation se mène en face à face, et c’est ainsi qu’elle vaut le plus. Un questionnaire posté trouve rarement une réponse, alors qu’une question posée en séance en obtient toujours une, et permet d’enchaîner sur la suivante.

Un document envoyé était pourtant prévu, et il peut être utile de savoir pourquoi vous ne l’avez jamais reçu. La nomenclature annonce depuis le 1er janvier 2019 un questionnaire de suivi de la qualité appelé « Évaluation R ». Il n’a jamais existé, et personne n’a jamais pu vous l’adresser : son contenu devait être fixé par un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale, et aucune recherche publique n’a permis de retrouver cet arrêté. Le texte de 2018 qui l’annonce, lui, n’a pas été abrogé.

Ce constat d’absence n’est pas le nôtre. En mars 2026, la responsable du département des produits de santé de l’Assurance Maladie déclarait en congrès que le questionnaire de satisfaction prévu par les textes fondateurs du 100 % Santé n’avait toujours pas vu le jour ; l’IGAS avait documenté la même carence dès son rapport sur la filière auditive de novembre 2021, où elle qualifiait d’inconnue la satisfaction des personnes appareillées. Seul le rapprochement entre le nom que porte la nomenclature et l’absence que constate l’Assurance Maladie est de nous.

Ce qui vous revient, donc, tient en peu de chose : préparer votre rendez-vous de suivi. Les cinq situations d’écoute que le COSI vous ferait désigner, vous pouvez les écrire vous-même avant d’y aller.

Les données d’utilisation enregistrées par votre appareil

Ce que ces données établissent. Vos appareils enregistrent la façon dont vous vous en servez : heures de port, programmes activés, volume utilisé. Dans la lecture de l’arrêté publiée en 2022 par le Collège National d’Audioprothèse, cet enregistrement figure parmi les spécifications techniques minimales communes aux classes I et II ; la durée de port, elle, a vocation à figurer dans le compte rendu d’essai adressé à votre médecin prescripteur. Ce qu’elles établissent, c’est un temps d’utilisation. Pendant la période d’essai, cela permet de savoir si les appareils ont réellement été portés avant d’en tirer une conclusion sur le réglage. C’est là que je m’en sers, et surtout quand la mémoire fait défaut : chez une personne dont les troubles cognitifs rendent le souvenir des journées incertain, le chiffre répond à une question autrement sans réponse.

Ce qu’elles n’établissent pas. Le compteur mesure un temps d’utilisation, pas une qualité d’audition. Il n’existe aucun seuil réglementaire de port, aucune valeur française de référence, et aucun lien établi entre les heures enregistrées et le bénéfice réellement obtenu. Le repère d’un peu plus de huit heures par jour circule dans la profession sans être gradué : la recommandation française qui l’énonce ne lui attribue aucun niveau de preuve, alors qu’elle gradue ses autres énoncés, et l’IGAS l’attribuait en 2021 à l’ensemble des acteurs de la filière, sans étude derrière. Aucun texte français n’ouvre non plus de droit d’accès spécifique du patient à ces données.

Comment les lire. Ces données ne sont pas une surveillance : elles servent à expliquer un écart, jamais à le reprocher. Si vos appareils sont peu portés, la question utile est pourquoi, et c’est du côté du confort et du réglage qu’elle se cherche d’abord. Personne n’est bon juge de ses propres heures, mais l’ampleur de l’écart varie selon les populations étudiées : environ deux heures par jour chez 181 Norvégiens de 60 ans et plus, mesurés six mois après l’appareillage, donc en pleine phase d’accoutumance (Solheim et Hickson, International Journal of Audiology, 2017), une heure et onze minutes chez 228 porteurs néerlandais et danois (Laplante-Lévesque et coll., 2014). À date de publication dans les deux cas, et aucun de ces chiffres n’est une valeur française de référence. Ces données alimentent aussi les réglages à distance, dont les limites sont détaillées dans notre guide sur la téléaudiologie.

L’historique daté de vos réglages et de leur motif

Ce que l’historique établit. Chaque modification de réglage a une date, une raison et un résultat. Ces informations vivent dans le logiciel métier de votre audioprothésiste, le plus souvent dans la base Noah et dans les notes de votre fiche patient. Un historique tenu montre ce qu’aucune mesure isolée ne peut dire : la trajectoire, ce qui a été essayé, quand et pourquoi. Cela évite de refaire deux fois le même essai et permet de revenir à un réglage qui vous convenait mieux.

Ce qu’il n’établit pas. Aucun texte français n’oblige votre audioprothésiste à tenir, dater, motiver, conserver ni vous remettre un historique de vos modifications de réglages. Le droit d’accès aux informations concernant votre santé, prévu par l’article L. 1111-7 du code de la santé publique, porte sur ce qui existe et a été formalisé : si rien n’a été écrit, rien n’apparaîtra, et ce n’est pas une faute. La télétransmission de chaque prestation de suivi à votre caisse laisse bien une trace extérieure, mais elle atteste qu’une prestation a été facturée, et sa date, pas son contenu.

Comment le lire. La demande s’adresse à votre audioprothésiste, en tant que professionnel de santé, par écrit et sans vous justifier. C’est une démarche ordinaire, utile surtout quand vous changez de professionnel ou quand approche le renouvellement de vos appareils. Demandez vos audiogrammes, vos courbes de réglage et vos comptes rendus, et demandez-lui s’il peut noter à l’avenir le motif de chaque changement : rien ne l’y oblige, et la demande se pose sans détour.

Comment en parler à votre audioprothésiste

Rien de ce qui précède ne se demande sur le ton du contrôle. Une phrase suffit : j’aimerais comprendre où j’en suis, est-ce qu’on peut refaire une vocale avec et sans mes appareils. Trois choses valent d’être sues avant d’y aller.

La première est économique. L’aide auditive de classe I est à prix réglementé de 950 euros par oreille, et le libellé officiel du remboursement précise qu’elle est « accompagnée d’une prestation initiale et de l’ensemble des prestations de suivi ». Le suivi n’est donc pas un supplément à négocier : sur ce prix réglementé, il est déjà réglé.

La deuxième est réglementaire. Vos séances de contrôle existent : le texte prévoit qu’au minimum trois vous soient proposées, aux 3e, 6e et 12e mois après la délivrance. Au-delà de la première année, il écrit que la fréquence minimale recommandée du suivi est bi-annuelle : une recommandation, pas un droit opposable. Si le fil s’est perdu, d’un côté ou de l’autre, un simple appel suffit à le reprendre : ces séances se déclenchent aussi bien à votre initiative.

La troisième protège la conversation. Aucune mesure de cette page ne permet de conclure qu’un professionnel a mal travaillé : la nomenclature laisse le choix entre plusieurs méthodes, et celui qui règle au coupleur applique le texte aussi sûrement que celui qui mesure dans votre oreille.

Arrivez donc avec deux choses :

  • trois situations où cela coince, écrites, avec le lieu, les personnes présentes et ce que vous avez raté ;
  • une demande claire, par exemple une audiométrie vocale avec et sans appareils, dans le silence puis dans le bruit.

Et si vos questions restent sans réponse, un second avis est possible, comme partout ailleurs en santé : ce n’est pas un jugement porté sur celui qui vous a appareillé, c’est un droit qui existe pour tout le monde, tout le temps.

Questions fréquentes

Mon appareillage auditif est-il réussi ? +
Il n'existe aucune note de passage. Ce qui se mesure, c'est un écart : ce que vous comprenez sans vos appareils, puis avec eux, dans le silence et dans le bruit. Cet écart est votre gain, et il se compare à vous, d'une séance à l'autre, jamais au résultat d'une autre personne. Aucun texte français ne fixe de score minimal, et une différence de quelques points entre deux mesures relève souvent de la marge normale de la mesure elle-même. Le meilleur juge reste la confrontation entre ces chiffres et vos situations de la vie réelle.
Que doit contenir mon dossier chez l'audioprothésiste ? +
La nomenclature prévoit qu'un jeu complet d'éléments soit obtenu chaque année : réglages faits dans votre oreille ou au coupleur, courbes de réponse, taux de compression, niveau maximum de sortie. La prestation que vous payez comprend aussi la gestion administrative de votre dossier et l'envoi des comptes rendus d'appareillage à votre médecin prescripteur et à votre médecin traitant. En revanche, aucun texte n'oblige à consigner par écrit le motif de chaque modification de réglage. Votre droit d'accès porte sur ce qui a été formalisé : si rien n'a été écrit, rien n'apparaîtra.
La mesure in situ est-elle obligatoire en France ? +
Non. La nomenclature laisse le choix entre un banc de mesure et une mesure faite dans votre oreille, au préréglage comme aux rendez-vous de suivi. Régler au coupleur, c'est-à-dire sur un banc où l'appareil est testé sans vous, applique donc le texte. Ce que le code de la santé publique demande à votre audioprothésiste de détenir, c'est une chaîne de mesure électro-acoustique, pas une sonde de mesure dans l'oreille. La question utile n'est donc pas de savoir si la mesure dans l'oreille a été faite, mais comment il a vérifié que vos appareils délivrent ce qui était prévu.
Mon appareil auditif ne me convient pas, que puis-je demander ? +
Commencez par écrire les situations où cela coince. Vous pouvez ensuite demander une audiométrie vocale avec et sans vos appareils, dans le silence puis dans le bruit, et savoir si vos seuils d'inconfort ont été mesurés ou calculés à partir de votre audiogramme. Un changement de couplage, dôme ou embout, fait partie des réglages les plus réversibles. Toutes ces demandes se formulent pendant les séances de suivi, déjà comprises dans le prix de vos appareils ; ce qui s'y fait se décide ensuite avec votre audioprothésiste, aucun examen n'étant imposé par le texte.
Ces mesures et ces rendez-vous de contrôle sont-ils payants ? +
Non, ils sont déjà réglés. L'aide auditive de classe I est à prix réglementé de 950 euros par oreille, et le libellé officiel du remboursement précise qu'elle est « accompagnée d'une prestation initiale et de l'ensemble des prestations de suivi ». Concrètement, la nomenclature prévoit que des séances de contrôle vous soient proposées au 3e, au 6e et au 12e mois après la délivrance ; au-delà de la première année, elle recommande une fréquence minimale de suivi bi-annuelle, sans en faire une obligation.

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